Ce dispositif, longtemps facultatif, est désormais obligatoire à hauteur de 6 heures par an et par professionnel, conformément à l’article R2324-37 du Code de la santé publique.
Analyse des pratiques professionnelles : un cadre réglementaire précis
Les modalités d’application de l’APP ont été précisées par l’arrêté du 29 juillet 2022 relatif aux professionnels autorisés à exercer dans les modes d’accueil du jeune enfant.
Voici les principaux points à retenir :
- Chaque professionnel bénéficie d’un minimum de six heures annuelles, dont deux heures par quadrimestre.
- Les séances se tiennent hors de la présence des enfants.
- L’animateur de la séance ne peut pas appartenir à l’équipe encadrant les enfants et ne doit avoir aucun lien hiérarchique avec les participants.
- Chaque groupe ne peut dépasser quinze personnes.
- La confidentialité des échanges est strictement garantie.
Ces conditions visent à créer un espace de parole sécurisé, où les professionnels peuvent librement échanger sur leurs pratiques, leurs questionnements et leurs difficultés, sans crainte de jugement.
Qui peut animer une séance d’analyse des pratiques professionnelles ?
L’animateur ou intervenant doit répondre à des critères de qualification et d’expérience bien définis.
Il doit justifier d’au moins cinq années d’expérience dans un EAJE ou dans l’animation de séances d’analyse de la pratique professionnelle. Peuvent exercer cette fonction les titulaires :
- d’un diplôme de psychologie, psychiatrie ou psychosociologie (niveau 5 minimum),
- d’un Master 2 en sciences de l’éducation,
- d’un diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants, de psychomotricien ou de puériculteur,
- ou d’un titre certifié attestant de compétences en animation de groupes d’analyse des pratiques professionnelles.
Le législateur a ainsi souhaité encadrer strictement cette mission, afin d’assurer la qualité, la neutralité et la pertinence des séances.
Un investissement pour les équipes et les gestionnaires
L’instauration de cette obligation a soulevé des questions de financement et d’organisation.
Les gestionnaires de crèches doivent en effet dégager du temps pour leurs équipes et rémunérer un intervenant externe qualifié, ce qui représente une charge supplémentaire pour les structures.
À ce jour, aucune modalité de financement dédiée n’a été prévue par le législateur. Cette absence de dispositif soulève des difficultés, notamment pour les petites structures, souvent à budget contraint.
Certains établissements ont tenté d’intégrer ces temps d’analyse dans leur plan de formation, afin de bénéficier d’une prise en charge par les OPCO. Cependant, la législation distingue clairement formation professionnelle et analyse de la pratique.
Analyse de la pratique ≠ formation
L’article L6313-1 du Code du travail définit la formation comme une action visant le développement de compétences professionnelles selon un programme pédagogique structuré, incluant objectifs, contenus et évaluations.
Or, les séances d’analyse de la pratique ne visent pas à transmettre un savoir ou à évaluer des compétences, mais à favoriser la réflexion, la mise en perspective et l’ajustement des postures professionnelles. Les faire passer pour des temps de formation expose donc à des risques juridiques, tant pour les établissements que pour les prestataires.
L’analyse des pratiques professionnelles n’est pas une simple formalité administrative.
Elle constitue un outil précieux pour soutenir les équipes, prévenir l’épuisement professionnel et renforcer la qualité éducative des structures.
Si son financement reste un défi, ses bénéfices humains et organisationnels en font un pilier essentiel du projet d’établissement et de la politique de bientraitance dans les crèches.